Christophe Corthay, des chefs d’œuvre

Christophe Corthay nous propose ici de petites œuvres d’art. On savait que le cadet des Corthay avait quitté la maison de la rue Volnay pour se recentrer sur les fondamentaux de l’art bottier et se consacrer plus avant à la sculpture (lire Pointure n°54). Ses deux dernières créations s’inscrivent dans cette double perspective et rappellent que la botterie peut toujours être cet artisanat d’excellence auquel les Helstern, Perrugia et autres Cleverley ont donné leurs lettres de noblesse.

Formes à monter, peausseries, montages ; au-delà de leurs patronages, toutes deux proclament leur statut de pièce unique de toutes leurs coutures, des enluminures qui habillent l’une de leurs semelles et jusque de leurs embauchoirs. Uniques.

Christophe Corthay

Le dessin sur la gravure de l’une des semelles qui fait partie de la signature de la maison (pour mémoire : L’Atelier du Tranchet) ne manque pas de questionner l’amateur : s’il parachève un modèle hors du commun, il rend aussi son utilisation dévastatrice puisque effaçant ce tableau caché. Nous en faisons la remarque à Christophe Corthay : « A la limite, on ne peut même pas les porter car ce sont de petites œuvres d’art ! ». Réponse de l’intéressé : « On fait le dessin et ensuite le client décide s’il détruit l’œuvre ou pas ». Dont acte. On revient sur le statut d’œuvre d’art (au sens académique du terme : résultat de la création d’un artiste), il tempère : « Nous essayons d’amener sur le soulier un petit peu plus d’un fétichisme assumé ». Il est vrai que les créations de l’Atelier n’ont rien à enlever aux talons-corps de femme d’un Raymond Massaro
Détaillons donc : d’un côté un derby empeigne unie en croco marron relevé de cicatrices dorées comme autant de scarifications rituelles, de l’autre un soulier cambré au bout sculpté en pointe de glaive.

 

Christophe Corthay

Eye of the Tiger : la tige mille-feuille
Le premier, baptisé Eye of the Tiger, représente une prouesse technique. Sa tige en sandwich est en effet constituée d’une « sous-tige » en chevreau doré et d’une « sur-tige » en croco nubucké, superposées à la manière d’une double empeigne. Christophe Corthay nous raconte ; « On a coupé l’entre-écailles, paré les bords, et on a trouvé un chevreau recouvert de feuilles d’or. La difficulté était dans la maîtrise de l’écartement de l’entre-écailles mais le plus difficile sera de retrouver le même si nous devons en faire une autre paire » explique Christophe Corthay .
Pour le maître bottier il ne s’agit pas d’une double tige mais d’une tige mille-feuille, mais surtout d’une ouverture sur tous les possibles pour les créations à venir. Remarquable en tout état de cause, tant par sa conception que par la maîtrise que sa fabrication suppose en termes de parage des incisions faites dans le croco et de solidarisation des deux tiges, notamment au niveau de ces cicatrices.

Christophe Corthay

Satan : la beauté du diable ?
Le cambre Satan exprime sa singularité par des voies plus conformistes : celle d’une forme à monter très travaillée et celle d’embauchoirs spectaculaires. La première présente un bout sculpté en pointe de glaive. « Je ne voulais pas refaire le bout du Belphégor créé chez Corthay, explique Christophe, mais je ne voulais pas abandonner le bout relief, qui me représente, et j’ai donc trouvé une nouvelle approche. » On ne sera pas par quelle complication technique il parvient à reproduire sur la tige de cuir les volumes du bout de la forme en bois : comme nous lui demandons comment il fixe les lacets sur celle-ci avant d’y tendre le cuir, il confie : « Il y a effectivement plusieurs méthodes, mais ici c’est vraiment une sculpture : on pousse notre folie jusqu’au bout. J’aime à me définir comme sculpteur lorsque je commence à travailler sur une forme, et là on y est. » On reste cependant songeurs devant le soulier terminé : comment parvient-il à donner au cuir ces volumes très travaillés. On admire les flancs hyper marqués, le bout façon museau de Formule1 : cette forme est vertigineuse pour le savoir-faire qu’elle suppose. « Il y en a eu quelques uns avant j’en ai jeté beaucoup avant de trouver quelque chose qui nous satisfasse car nous sommes d’éternels insatisfaits, comme beaucoup de gens », ajoute modestement l’intéressé.
Pourtant le patronage est simple, avec trois attaches de chaque côté (« Pour en revenir à l’essence de ce qui était le Belphégor chez que Christophe Corthay nous propose ici. ») organisant un laçage ghillie par tunnels.
Et puis il y a les embauchoirs… « Je voulais un embauchoir à poignée, pour sortir du classique embauchoir à charnière et de l’embauchoir trois pièces à queue de castor, qui est très joli mais est classique aussi. J’ai donc cherché des formes de poignées compatibles avec un embauchoir deux pièces, avec une petite crémaillère interne sans charnière, et j’ai fait cette corne de Satan. Mais pour les autres souliers, je fais des poignées un peu plus fines et plus design ». Nous voilà rassurés.

 

Masterpieces
It is small works of art that Christophe Corthay proposes us here.
It was known that the youngest of the Corthays had left the house on the rue Volnay to refocus on the fundamentals of the art of
bootmaking and devote himself more to sculpture (read Pointure n °54).
His last two creations are part of this dual perspective and remind us that the bootmaking can always be this craft of excellence to which the Helstern, Perrugia and other Cleverley gave its nobility.
Lasts, leatherwork, assembly; beyond their pattern, both proclaim their status as a unique piece of all their seams, illuminations that dress one of their soles. Unique.

The drawing on the engraving of one of the soles that is part of the signature of the house (for memory: The Atelier du Tranchet) does not fail to question the connoisseur: if it completes an unusual model, it also makes its use devastating since erasing this hidden picture. We make the remark to Christophe Corthay: “We can not even wear them because they are small works of art!”. Response: “We do the drawing and then the customer decides whether he destroys the work or not”. No comment. We return to the status of work of art (in the academic sense of the term: “result of the creation of an artist”), he tempers: “We try to bring on the shoe a little more than a fetishism assumed”. It is true that the the Ateliers creations have nothing to remove at the heels-woman body from Raymond Massaro …
Let’s detail then: on one side a derby plain vamp in brown crocodile raised of golden scars like so many ritual scarifications, on the other a cambered shoe whose toe carved in point of sword.

Eye of the Tiger: the “mille-feuille”vamp
The first, dubbed Eye of the Tiger, represents a technical feat. Its sandwich vamp is in fact made up of a “sub-vamp” in golden lamb and a “sur-vamp” in nubucked croco, superimposed in the manner of a double vamp. “They cut the scales, trimmed the edges, and found a lamb covered with gold leaves. The difficulty was in controlling the spacing between the scales but the most difficult will be to find the same if we have to make another pair”, says Christophe.
For the bootmaker it is not a double vamp but a vamp like a mille-feuille cake, and especially an opening on all possible for future creations. Remarkable in any case, as much by its design as by the control that its assembly supposes in terms of trimming incisions made in the crocodile and of solidarization of the two vamps, in particular on the level of these scars.

Satan: devils beauty?
The Satan camber expresses its singularity in more conformist ways: that of a very elaborate last and that of spectacular shoetrees. The first has a carved sword tip toe. “I did not want to remake the toe of Belphégor created at Corthays, explains Christophe, but I did not want to give up the toe, which represents me, and so I found a new approach.” It will not be by what technical complication he manages to reproduce on the leather vamp the volumes of the toe of the wooden last: as we ask him how he fixed the laces on it before stretching the leather, he says: “There are indeed several methods, but here it is really a sculpture: we push our madness to the top. I like to define myself as a sculptor when I start working on a new last, and here we are.” However, we remain pensive before the finished shoe: how does it manage to give the leather these very worked volumes? We admire the extremely marked flanks, the tip-muzzle of Formula 1: this form is dizzying for the know-how it supposes. “There were some before I threw a lot before finding something that satisfies us because we are eternally dissatisfied, like many people”, he adds modestly.
Yet the pattern is simple, with three ties on each side (“To return to the essence of what was the Belphégor at Corthays”) organizing a tunnel ghillie lacing.

And then there are the shoetrees … “I wanted a shoetree, to get out of the classic hinged shoetree and the three-piece beaver shoetree, which is very pretty but is classic too. So I looked for shapes of handles compatible with a two-piece shoetree, with a small internal hinged rack, and I made this horn of Satan. But for the other shoes, I make handles a little more fine and more design”. We are reassured.

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