Insolite, le cuir de truite

C’est une chaussure – et une histoire – pas ordinaires que nous vous proposons ici. Nés de la passion de trois hommes et de leur volonté commune de fabriquer des souliers made in Pays Basque, ce derby utilise de la peau de… truite !

Tout a commencé par deux rencontres : d’abord celle de Didier Coissard, bottier et podo-orthésiste, et de Michel Goicoechea, pisciculteur à Banka où il élève des truites sur le site d’un ancien moulin du XVIIème siècle, dans le torrent de la Nive. Puis celle de ce dernier avec Bernard Jourdain, jeune retraité et photographe amateur. Tous deux ont la curiosité de pousser la porte d’un atelier du petit Bayonne où l’on fabrique encore des chaussures à la main dans l’odeur du cuir et de la colle.

Michel Goicoechea cherche alors un artisan capable de transformer le cuir de ses truites en souliers ; Bernard Jourdain, curieux de tout, comprend qu’il tient là un sujet original.

De son côté Didier, le bottier, voit dans cette aventure insolite l’opportunité d’un travail peu banal dont il gardera une belle trace en images.

Le cuir de truite se présente en bandes de 12 x 40 cm environ, une taille hors du commun qu’expliquent l’élevage long (5 ans) et en condition semi-sauvage. La levée des peaux s’effectue des ouïes à la racine de la queue. Les conditions de vie des poissons produisent un cuir nerveux. Malgré son aspect précieux, celui-ci est résistant et supporte très bien les contraintes du montage. Les écailles sont éliminées au tannage, mais le cuir en conserve la trace, ce qui fait sa singularité. La ligne latérale du poisson est bien marquée, comme une signature sur ce cuir unique.

Après de longues discussions sur la meilleure façon de mettre le cuir de truite en valeur, il est décidé de réaliser un derby bi-matière en truite et taurillon nubucké. Le bout rapporté, le saddle et la talonnette seront en truite, la claque en taurillon de chez Cariat.

La doublure des souliers, en veau tanné au bois de châtaigner, est fournie par les tanneries Garat, ainsi que le collet cylindré dans lequel sont taillés bout dur et contreforts, les semelles, première et le cuir à semelle (croupon battu) provenant du même tanneur.

Très attaché à sa région, le pisciculteur a choisi la tannerie Garat, labélisée Entreprise du Patrimoine Vivant, pour la qualité de ses peaux mais aussi parce qu’elle produit au Pays Basque. Les peaux de trois poissons seront nécessaires à la fabrication de la paire présentée ici.

Entièrement réalisé par Didier Coissard, de la prise de mesure au bichonnage en passant par le piquage et le montage, ce derby trois œillets, cousu trépointe et talon collant, est très classique à la notable exception de la peausserie employée, qui fait son charme et son originalité. Ses différents empiècements sont totalement passepoilés, la claque et les quartiers prolongés pour assurer la solidité de la fabrication, et tout le travail de pied réalisé selon les techniques traditionnelles : couture de première et petit point faits main, chevillage du couche-point et du cambrion… du travail dans les règles de l’art bottier de grande tradition.

Avant de parvenir à ce degré de maîtrise, Didier Coissard a suivi un parcours atypique. Ayant appris les techniques de base de la botterie en Colombie, il a ensuite suivi un cursus en orthopédie avant de s’installer à la Réunion, où il a découvert le travail du cuir exotique (requin et tortue de mer issue d’élevage). De retour en métropole après quelques années sous les tropiques, il s’est finalement installé à Bayonne où il réalise des chaussures orthopédiques et des souliers sur mesures.

Photos :

  • Trois peaux de truite pour la paire de Didier Coissard.
  • Le bout droit rapporté, la découpe saddle et la talonnette sont en truite, la claque et les quartiers en taurillon, provenant tous de la région de Bayonne.
  • Travail sur le bout dur, qui provient de la tannerie Garat, à Armendaritz au cœur du Pays Basque.
  • Mise en place de la gravure.
  • Le talon reçoit une roulette typiquement bottière.

Pour en savoir plus : Didier Coissard, 12 rue Pannecau à Bayonne

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Unusual,trout leather

It is a shoe – and a story – not ordinary that we present here. Born of the passion of three men and their common will to make shoes made in Pays Basque, this derby uses the skin of … trout!

It all begans with two meetings: first, that of Didier Coissard, a bootmaker and podo-orthotist, and Michel Goicoechea, a fish farmer in Banka (France) where he raised trouts on the site of an old 17th century mill in the torrent of the Nive, then the latter with Bernard Jourdain, a young retired and amateur photographer. Both have the curiosity to push the door of a small Bayonne workshop where shoes are still made by hand in the smell of leather and glue.

Michel Goicoechea then looked for a craftsman able to transform the leather of his trouts into shoes; Bernard Jourdain, curious about everything, understands that he holds there an original subject.

On his side Didier, the bootmaker, sees in this unusual adventure the opportunity of a little unusual work of which he will keep a beautiful trace in images. The trout leather is presented in strips of about 12 x 40 cm, a large size explained by a long breeding (5 years) in semi-wild conditions. The skins are lifted from the gills to the tail. The living conditions of the fish produce nervous leather. In spite of its precious aspect, this one is resistant and supports very well the constraints of the welting. The scales are eliminated with tanning but the leather retains the trace, which makes its singularity. The lateral line of the fish is well marked, as a signature on this unique leather.

After a long discussion on how best to emphasize trout leather, it is decided to make a bi-material derby in trout and nubuck. The straight cap toe, the saddle and the back quarter will be in trout, the waist in bull of Cariat. The lining of the shoes, in tanned calf with the chestnut wood, is provided by Garat tanneries, as well as the cylindrical collar in which are cut cap toe and stiffeners and sole leather from the same tannery. Very attached to his region, the fish farmer has chosen the tannery Garat, labeled Company of the Living Heritage for the quality of his skins but also because it produces in the Pays Basque. The skins of three fishes will be necessary to manufacture the pair presented here. Entirely realized by Didier Coissard, from the measurement to the finishing through the stitching and the welting, this derby three eyelets, sewn welt and sticky heel, is very classic with the notable exception of the calf used, which makes its charm and its originality. Its various inserts are totally piped, slap and prolonged quarters to ensure the solidity of the manufacture, and all the work of foot realized according to the traditional techniques: sewing of first and small point handmade, pegging of the point and the shank … of work in the rules of the art bootmaker of great tradition.

Before reaching this degree of mastery, Didier Coissard followed an atypical course. Having learned the basic techniques of botting in Colombia, he then followed an orthopedic curriculum before settling in Reunion Island where he discovered the work of exotic leathers (shark and sea turtle from breeding). Back in France after a few years in the tropics, he finally settled in Bayonne where he made orthopedic footwear and made-to-measure shoes.

Pictures:

  • Three trout skins for the pair of Didier Coissard
  • The straight cap toe, the saddle cut and the back quarter are in trout, the waist and the quarters in bull-calf, all coming from the Bayonne region.
  • Working on the toe puff, which comes from the Garat tannery, Armendaritz, in the heart of the Pays Basque.
  • Recording of the engraving.
  • The heel receives a roulette typically bootmaker.

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