JSEP présente en France le meilleur de l’industrie de la chaussure japonaise

 

Les raisons du New Deal

C’est à un événement sans précédent que nous avons l’occasion d’assister ici aujourd’hui. Pour la première fois dans notre histoire, nous assistons à l’arrivée d’une marque résultant de la réunion des représentants les plus éminents de notre spécialité – de surcroît venant d’un pays réputé pour son attachement à l’excellence. Cette nouvelle enseigne s’appelle JSEP, pour Japan Shoes Export Platform : la plateforme d’exportation de la chaussure japonaise.

Imaginons un peu qu’Audi, BMW, Mercedes et Porsche, ou encore Aston Martin, Bentley, Jaguar et Rolls-Royce, s’associent pour créer une marque automobile unique destinée à démontrer leurs savoir-faire respectifs afin de prendre pied sur un marché où ils sont inconnus. S’agissant de marques automobiles au renom planétaire, l’hypothèse est difficile à envisager, mais rapportée à notre spécialité elle prend tout son sens s’agissant du Japon. D’abord parce qu’aucun autre pays au monde n’a une culture bottière aussi comparable à la nôtre, ensuite parce qu’aucun autre peuple n’a la réputation d’avoir reçu en héritage la culture inconditionnelle d’un perfectionnisme pointilleux. Autrement dit, pareille initiative ne pouvait avoir de sens que venant du Japon.

La chaussure européenne n’apparaît au Japon qu’en 1853

Ce n’est qu’au milieu du XIXème siècle que la chaussure européenne telle que nous la connaissons apparaît au Japon. Jusque là les Japonais chaussent la geta traditionnelle, une socque de bois pourvue de deux lanières textiles disposées en V, comme nous le connaissons sur les tongs. La geta est portée avec des tabis, chaussette japonaise séparant le gros orteil des autres, un accessoire courant au Japon depuis l’ère Heian (794-1185), époque où il apparut en cuir et était l’apanage des Samouraï. Ce n’est qu’à partir de l’ère Edo (1603-1868) que son utilisation sera étendue à l’ensemble du peuple. Quant aux geta traditionnelles, elles sont encore portées de nos jours en certaines occasions protocolaires, et dans certaines régions reculées de l’archipel. L’histoire du soulier européen au Japon est donc encore très récente : cela ne fait qu’à peine cent-cinquante ans que la chaussure telle que nous la connaissons y fut portée, la politique isolationniste de l’ère Edo ayant fermé le pays aux influences étrangères pendant près de deux siècles. Ce n’est qu’à la fin de ce shogunnat, en 1853, qu’il s’ouvrit au monde et que l’on vit les premiers Japonais porter des chaussures occidentales pour la première fois de leur histoire. La légende veut que le premier Japonais à avoir chaussé une paire de souliers européenne ait été Ryôma Sakamoto, célèbre homme politique du mouvement loyaliste visant à restaurer le pouvoir de l’Empereur à la fin de l’ère Edo.

A cette époque qui voit l’Europe est en pleine révolution industrielle, le Japon commence à peine à porter des chaussures ! Il va rapidement rattraper le temps perdu par l’obscurantisme du shogunnat Edo. Le nouveau gouvernement de Meiji, qui a succédé à celui d’Edo et pratique une politique d’occidentalisation, a besoin d’uniformes modernes (et donc occidentaux) pour son armée. Les premières chaussures militaires sont importées de France mais leurs pointures ne conviennent pas aux pieds des soldats japonais, et le nouveau gouvernement décide de créer une usine locale, dont la direction est confiée à un bottier hollandais invité à venir enseigner les techniques de fabrication européennes. Nous sommes en 1870, la première usine de fabrication de chaussures nippone voit le jour. Mais ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que cette industrie va réellement se développer. Alors que le pays importe en masse des souliers américains, les Japonais en viennent vite à penser qu’ils peuvent faire le travail eux-mêmes, et profiter ainsi d’un rythme de croissance très soutenu dans l’après-guerre. Une véritable expertise japonaise marquée par un soin du détail très poussé commence à se développer, et dès les années 60 se développe un savoir-faire unique distingué par le soin apporté aux détails, qui tire son origine de l’histoire si spécifique du pays. Cette expertise touchant essentiellement les produits hauts de gamme, le part des importations reste très élevée concernant le marché grand public, phénomène que le phénomène de délocalisation des productions occidentales vers des pays où la main d’œuvre est bon marché, ne fait qu’accentuer dans les années 80 et suivantes.

Quarante ans plus tard les fabricants japonais se sont donné les moyens de résister à l’importation des produits fabriqués à bas coûts, mais restent confrontés à la typologie d’un marché intérieur spécifique, où d’une part la distribution de la chaussure femme est l’affaire des grossistes et celui de la chaussure homme celle des fabricants, et d’autre part des taxes très élevées handicapent le commerce. L’abolition de ce dernier point par un nouvel accord de libre échange entre l’Union européenne et le Japon ouvre aujourd’hui aux fabricants nippons des perspectives inespérées. Un new deal qui a décidé le gouvernement japonais à soutenir cette industrie en créant JSEP (Japan Shoes Export Platform), plateforme d’exportation de la chaussure dont l’objectif est de promouvoir les exportations de chaussures Made in Japan.

JSEP a symboliquement choisi de tenir sa première exposition à Paris, commémorant à sa manière le 160ème anniversaire des relations diplomatiques entre la France et le Japon. Parmi ses membres, trois sont reconnus pour leur expertise dans le cousu Goodyear et un dans le caoutchouc vulcanisé.

Savoir-faire bottier

Au tournant du millénaire, le métier de bottier a connu un engouement sans précédent auprès de la jeunesse japonaise, et de nombreux jeunes postulants sont partis en Europe pour y apprendre les savoir-faire artisanaux traditionnels. De retour au pays, certains se sont mis à leur compte et se sont lancés dans l’aventure de la fabrication de chaussures sur mesure, rencontrant un succès inattendu malgré des tarifs jamais atteints au Japon pour des paires de chaussures. Mais aussi et surtout conquérant leur légitimité en gagnant une clientèle d’Européens habitués dans leur pays d’origine au meilleur de la spécialité.

« La création de la JSEP émane de cette analyse de la situation actuelle, nous indique notre interlocuteur Kelichi Fukada, directeur général de JSEP, et pour notre première action, nous avons choisi Paris, capitale mondiale de la mode et temple de la culture. Il ne pouvait y avoir d’endroit plus approprié pour réaliser les objectifs que nous nous sommes fixés. Après Paris, où nous espérons pouvoir laisser prochainement notre empreinte, nous envisageons d’étendre nos activités à d’autres pays d’Europe, y compris le Royaume-Uni et les pays nordiques. » Dont acte. Voyons à présent qui sont les animateurs de la nouvelle plateforme…

Lire la suite dans POINTURE n°54.

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JSEP presents in France the best of the Japanese shoe industry

The reasons for the New Deal

This is an unprecedented event that we have the opportunity to attend here today. For the first time in our history, we are witnessing the arrival of a brand resulting from the meeting of the most eminent representatives of our specialty – moreover coming from a country renowned for its commitment to excellence. This new brand is called JSEP, for Japan Shoes Export Platform: the export platform of the Japanese shoe.

Imagine that Audi, BMW, Mercedes and Porsche, as well as Aston Martin, Bentley, Jaguar and Rolls-Royce, are joining their forces to create a unique automotive brand to demonstrate their respective know-how in order to gain a foothold in a competitive market where they are unknown. In the case of automotive brands with a worldwide reputation, the hypothesis is difficult to envisage, but related to our specialty it makes all sense with regard to Japan. First, because no other country in the world has a culture of bootmaking so similar to ours, secondly because no other people has the reputation of having inherited the unconditional culture of a punctilious perfectionism. In other words, such an initiative could only make sense from Japan.

The European shoe does not appear in Japan until 1853

See all text in POINTURE nr 54.

 

 

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